Le point sur la carte X

À la recherche des espèces en péril dont l’inventaire reste à faire

R.A. Lautenschlager, Ph.D., directeur exécutif du Centre de données sur la conservation du Canada atlantique

 

Contexte

En 2005, le personnel du Centre de données sur la conservation du Canada atlantique (CDC Atlantique) a formé une alliance avec des partenaires bien informés avec pour objectif de pouvoir prédire[1] où se trouvent les espèces dont la conservation soulève des craintes dans les provinces maritimes – notamment les espèces en péril. 

 

Les méthodes employées par l’équipe du CDC Atlantique nous permettaient de formuler des prédictions adéquates pour certaines espèces végétales des provinces maritimes, mais elles restent, dans l’ensemble, insatisfaisantes. En effet, s’agissant des espèces végétales, nos meilleures prédictions n’étaient précises qu’à environ 30 %. Dans le cas d’espèces animales, la moyenne était encore moins élevée.

 

Pour cette raison, nous avons conclu qu’il fallait trouver une autre façon d’utiliser nos données d’observation, de pair avec des couches de données biophysiques d’un système d’information géographique (SIG), de sorte à pouvoir prédire de façon précise là où pourraient vraisemblablement se trouver des espèces en péril qui n’ont pas encore fait l’objet d’un inventaire poussé en Atlantique.

 

Les cartes X

Nous avons eu l’idée de transformer les connaissances expertes des espèces et des sites (celles du personnel du CDC Atlantique, d’autres scientifiques de terrain et de membres bien informés du grand public) en cartes X, propres à une espèce et tracées à partir de SIGs, de sorte à pouvoir mieux prédire où pourraient se trouver des espèces en péril dont l’inventaire reste encore à être complété. 

 

Les premières cartes X des Maritimes ne donnaient que les grandes lignes de la situation, identifiant à l’aide de catégories générales (« possible », « possible mais peu probable », « possible mais très peu probable » et « non probable ») les régions géographiques où pourraient se trouver des espèces en péril. Ces cartes se sont avérées très utiles et ont permis à l’équipe du CDC Atlantique et à ses partenaires de mener à bien un grand nombre d’inventaires.

 

En 2007/2008, le CDC Atlantique a commencé à parfaire ces premières cartes en y situant des espèces en péril désignées au niveau fédéral et provincial. Dans la mesure du possible, nos cartes comportent désormais des couches de données écologiques contextuelles  (voir la figure 1). Elles ont également été modifiées en fonction des données de terrain les plus récentes. Enfin, nous avons réduit à un maximum de trois les catégories indicatrices : « possible », « possible mais peu probable » et « non probable ». 

 

Une prise de décisions plus éclairée

Les cartes X ont servi (et servent toujours) à informer des décisions qui ont trait à la gestion durable dans la région, nous permettant de situer les espèces en péril dont la présence est connue en Atlantique. On peut désormais obtenir des cartes X pour toute la région Atlantique (les provinces maritimes, et la province de Terre-Neuve-et-Labrador). Les personnes qui demandent des renseignements auprès du CDC Atlantique (en fournissant des points donnés ou des polygones) reçoivent à présent des listes d’espèces que l’on pourrait trouver dans la région demandée; celles-ci sont établies en fonction de données d’observation. À cette liste s’ajoutera bientôt un répertoire d’espèces dressé à partir des cartes X de la région atlantique. Les cartes X affichent de façon constante un nombre beaucoup plus élevé d’espèces que ne le suggèrent les données d’observation et indiquent avec précision où pourraient se trouver, sur un territoire donné, les espèces en péril qui n’ont pas encore fait l’objet d’un inventaire poussé.

 

Dans un avenir rapproché, le CDC Atlantique fournira également à ses clients un survol des habitats dans lesquels se trouvent normalement, sur le territoire qui les intéresse, les espèces en péril que l’on aura identifié grâce à un croisement de notre base de données et des cartes X, ainsi que des renseignements sur les méthodes à privilégier pour procéder à un inventaire de ces espèces.

 

Des débouchés pour le Canada

Selon un récent sondage, le personnel des CDC canadiens croit avoir en main des inventaires adéquats pour environ 25 % des espèces à risque répertoriées par le gouvernement fédéral. Autrement dit, les CDC canadiens font présentement face à un problème qu’a déjà dû surmonter le CDC Atlantique : devoir identifier, sur un territoire dont il faut parfaire l’inventaire, les lieux où pourraient se trouver des espèces en péril.

 

La méthode de la carte X décrite ci-dessus pourrait s’avérer très utile, puisqu’elle permettrait de situer, à l’échelle du pays, l’emplacement possible d’espèces en péril et d’autres espèces dont la conservation soulève des craintes. Si tous les CDC participaient au processus, les gestionnaires et les utilisateurs des terres partout au pays auraient recours à une méthode normalisée d’identifier l’occurrence possible d’espèces à risque peu inventoriées. Avec ces renseignements, ces derniers seraient à même de prendre des décisions mieux informées quant à la conservation en sachant dans quels cas il leur faudrait faire appel à des spécialistes pour l’inventaire d’espèces en péril.

 

Conclusion

Ayant déjà aidé un certain nombre d’agences fédérales, d’organismes provinciaux et d’autres utilisateurs (dont ceux qui sont appelés à écrire des rapports d’état sur les espèces en péril), les cartes X contribuent de façon considérable à la prise de décisions et seront bientôt intégrées à toutes demandes d’information auprès du CDC Atlantique. De notre côté, nous cherchons toujours à améliorer la qualité de ces outils. De plus, nous étudions présentement la possibilité de créer des cartes semblables pour d’autres espèces en Atlantique (espèces rares à l’échelle globale, et certaines espèces très rares à l’échelle provinciale). Si vous avez exploré des approches semblables, ou d’autres approches conçues pour atteindre le même objectif, nous aimerions en discuter avec vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 1 : Répartition de l’aster d’Anticosti (Symphyotrichum anticostense) au Nouveau-Brunswick

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Figure 1a : points d’observation avant 2005                                    Figure 1b : une carte X avec en rouge des emplacements possibles de l’espèce, en vert des emplacements possibles mais peu probables, et en jaune et rouge l’emplacement de nouveaux points d’observation qui ont suivi le dévelopement de cette carte



[1] À l’aide de diverses couches de données biophysiques de SIG et d’occurrences connues d’espèces dont la conservation soulève des craintes.